Reportage au coeur du Congo

GENÈSE

Vincent Ohl

Ma rencontre avec Soeur Marguerite, Fille de la Charité, fondatrice des Écoles Spéciales en République du Congo. C’est le genre d’événement totalement inattendu, mais que vous pressentiez depuis longtemps, sans savoir ni où, ni quand, ni quelle forme il prendrait. Un sentiment profond qu’une rencontre allait un jour vous orienter vers une destination où se déroulerait une partie de votre vie, peut être la plus importante, comme l’aboutissement de toutes vos années d’expérience.

Un samedi soir tard, un ami m’appelle, me disant qu’il était important que je rencontre Soeur Marguerite pour découvrir son oeuvre éducative unique auprès des plus démunis du Congo. Très bien. Oui mais ce sera le lendemain matin à 8h, lors son déplacement dans le métro parisien, durant les trois minutes environ qui séparent deux stations. C’est la rencontre la plus courte et la plus incertaine quant à son résultat que j’ai vécu.

Et pourtant, c’est elle qui déclenchera toute l’histoire qui va suivre et orientera peut être une grande partie de ma vie en République du Congo. En tant que photographe, dès l’âge de 20 ans, j’ai eu un parcours atypique, que des rencontres exceptionnelles ont rendu passionnant. Des sommets méditatifs himalayens avec leurs moines tibétains, leurs explorateurs et leurs alpinistes célèbres, du monde silencieux des océans avec leurs plongeurs légendaires, jusqu’au monde enfiévré du sport et ses champions solidaires, ma volonté à toujours été de témoigner de la valeur de ces femmes et de ces hommes, en révélant, à travers la photographie, l’excellence humaine dans ce qu’elle a de meilleur. Le monde de l’enfance en difficulté, cher à ces « héros », et pour lequel ils se battaient, est devenu progressivement l’objet de tous mes reportages et livres publiés. Mon engagement qui allait suivre allait dans l’ordre des choses.

Projet d’un livre photographique sur les Écoles Spéciales au Congo

De cette rencontre improbable est née l’idée d’un livre photographique qui témoignerait et soutiendrait l’oeuvre de Soeur Marguerite. Des entretiens se sont alors succédés, me permettant de découvrir l’action de celle que l’on surnomme « Soeur courage », durant les 30 années de sa présence à Brazzaville.

Chaque échange fut savoureux d’anecdotes, de souvenirs et de profondes réflexions sur la nécessité d’apporter une éducation aux exclus de la vie, quelque soit leur âge. Ils me permirent, avant l’heure, de comprendre le Congo, la démarche généreuse des Écoles Spéciales, et surtout de découvrir de jour en jour la capacité de Soeur Marguerite à mobiliser les énergies et les soutiens en faveur des plus démunis.

L’engagement des Éditions Première Partie

Un séjour au Congo se confirmait après l’engagement militant de Pierre Chausse, Directeur des Éditions Première Partie, et de Guy Morin, Président du Comité de soutien de Soeur Marguerite, pour l’édition du futur livre photographique, « Un avenir au coeur du Congo, l’abécédaire des Écoles Spéciales ». Les droits d’auteur seraient reversés au profit des Écoles Spéciales. Ce beau projet se concrétisait grâce à une motivation collective prometteuse. La préparation du voyage s’avérait différente de l’habitude, de part le peu d’écrits existants sur la République du Congo et le peu d’informations pratiques actualisées accessibles. Mais le plus important était de créer les conditions favorables pour réaliser des images proches des gens, avec leur confiance et leur adhésion au projet. Cela se ferait sur le terrain, pas à pas.

Brazzaville

AU CONGO BRAZZAVILLE

1er juin 2015 : arrivée à Brazzaville.

Brazzaville est une ville qui se découvre avec le temps, qui se livre à vous lentement, avec ses quartiers et ses arrondissements, porteurs chacun d’une histoire et de caractéristiques liées à l’origine de ses habitants et aux événements qui s’y sont déroulés. Ce n’est pas une ville touristique au sens ou on l’entend, avec ses circuits organisés et balisés, malgré ses marchés typiques, ses artisans, ses basiliques, le mémorial de son colonisateur Pierre Savorgnan de Brazza, les ballades sur le fleuve Congo, mais une ville qui demande l’effort d’aller à sa rencontre pour y découvrir par soi-même ce qui en fait son attrait. Le Congo a besoin de se structurer pour accueillir et guider les visiteurs vers ses richesses culturelles et environnementales exceptionnelles mais encore méconnues.